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Formation des techniciens en radiologie à l'échographie : Tour du monde des modèles existants et perspectives en Suisse


Quelles formations existent déjà à l'étranger pour les techniciens en

radiologie (TRM) pratiquant l'échographie ? Quels diplômes, quels stages, quelles

étapes hospitalières ? Quels résultats ? Et surtout : peut-on le faire en

Suisse ?


Cet article fait suite à notre analyse sur la délégation échographique aux TRM, dans laquelle nous avions montré que ce modèle est techniquement, juridiquement et cliniquement faisable en Suisse. Une question centrale reste ouverte : comment former ces TRM ? Quelles étapes, quels diplômes, quels stages, et quels retours peut-on tirer des pays qui ont déjà franchi

ce pas ?


1. Royaume-Uni : le modèle de référence mondial

Le Royaume-Uni a développé depuis les années 1990 le modèle le plus avancé au monde en matière de sonographes non-médecins. Contrairement à de nombreux autres pays européens, au Royaume-Uni, seulement une très faible proportion des examens d'échographie diagnostique est réalisée par des cliniciens (moins de 1%).


Structure de la formation

Les programmes PgCert (Postgraduate Certificate) ou PgDip (Postgraduate Diploma) durent généralement de 12 à 18 mois, souvent à temps partiel, et combinent études universitaires et stages cliniques — généralement un jour par semaine en classe et deux jours dans un hôpital agréé. Les conditions d'admission exigent un diplôme dans une profession de santé appropriée et un accès clinique à la formation en échographie, généralement par le biais d'un emploi au sein du NHS ou d'un contrat

honoraire. La structure est modulaire et permet une spécialisation dans des domaines tels que l'obstétrique, la gynécologie, l'échographie abdominale, l'échographie MSK ou l'échographie vasculaire. L'étudiant doit généralement réaliser plus de 200 examens supervisés par domaine de spécialisation. L'organisme d'accréditation clé est le CASE (Consortium for the Accreditation of Sonographic Education),

qui garantit la qualité pédagogique des programmes. Il existe également une voie par apprentissage : un programme de licence (BSc Hons) en cours d'emploi sur environ 34 mois, s'adressant aux professionnels de santé déjà employés dans un service d'échographie.


Retours d'expérience

Les résultats britanniques sont éloquents. Au niveau national, le taux de postes vacants de sonographes est d'environ 12% dans les NHS Trusts, les places de formation étant souvent limitées par le nombre de postes cliniques disponibles. Face à cette pénurie persistante, le modèle de sonographe non-médecin est reconnu comme la réponse principale par le NHS. Une enquête paneuropéenne auprès de 561 sonographes a montré que la majorité des sonographes britanniques (83,4%) communiquent les résultats directement aux patients, contre seulement 27,1% dans

les autres pays membres de l'EFRS. Les sonographes se déclarent globalement satisfaits de leurs rôles, mais expriment des priorités claires : législation formelle, meilleure rémunération, soutien des collègues médicaux et opportunités de progression de carrière.


Royaume-Uni — le modèle CASE, pionnier mondial de la sonographie
Royaume-Uni — le modèle CASE, pionnier mondial de la sonographie

2. France : les protocoles de coopération et le DIU EA

La France a développé une approche plus encadrée et institutionnalisée, articulée autour de deux piliers : les protocoles de coopération autorisés par les ARS (Agences Régionales de Santé) et le DIU d'Échographie d'Acquisition (DIU EA).


Le cadre réglementaire

Le protocole fondateur est le "Protocole de Lorraine" (arrêté ARS n°2012-0558 du 15 mai 2012), qui a ouvert la voie à une délégation formelle de l'acquisition échographique aux manipulateurs. Les actes concernés incluent les échographies abdomino-pelviennes adultes et pédiatriques, les examens superficiels et vasculaires (bidimensionnels et Doppler), à l'exclusion des échographies cardiaques et obstétricales et des explorations en situation d'urgence clinique.


Conditions d'accès au DIU EA

Les conditions d'admission sont strictes : être titulaire du Diplôme d'État de Manipulateur d'Électroradiologie Médicale (MER) ou du Diplôme de Technicien Supérieur en Imagerie Médicale et Radiologie Thérapeutique, justifier d'au moins deux années d'expérience professionnelle, être inscrit dans un projet de protocole de coopération autorisé par l'ARS, et exercer au minimum 50% de son temps de travail dans le domaine de l'imagerie.


Structure pédagogique

Le DIU EA est organisé en deux années : une première année de tronc commun (physique des ultrasons, anatomie échographique, éléments d'interprétation) et une deuxième année de modules de spécialité. La durée des stages est de 20 vacations pour le tronc commun et 30 vacations par module, complétés par 30 vacations sur le site du protocole de coopération, tutorées par les praticiens délégants signataires, avec validation d'un carnet de stage. Pour les professionnels expérimentés déjà actifs en échographie, une procédure de validation des acquis est possible, avec constitution d'un dossier soumis à un jury national.


Retours d'expérience

L'expérience du CHU de Rouen est emblématique : un radiologue supervisant trois manipulateurs travaillant simultanément sur trois échographes a permis de multiplier par trois la capacité de production. Les taux de concordance entre les acquisitions des manipulateurs et des médecins ont atteint 97% pour les écho-dopplers veineux, artériels et thyroïdiens. La Société Française de Radiologie a publié en 2024 un retour sur ces protocoles, soulignant que ce modèle a notamment permis une reconnaissance accrue du travail des TRMs.


France — le DIU EA, adossé aux protocoles de coopération ARS
France — le DIU EA, adossé aux protocoles de coopération ARS

3. États-Unis : la certification RDMS par l'ARDMS

Aux États-Unis, le modèle repose sur la certification nationale gérée par l'ARDMS (American Registry for Diagnostic Medical Sonography), qui délivre le titre de RDMS (Registered Diagnostic Medical Sonographer).


La voie principale

La formation standard comprend un programme de 2 ans accrédité par la CAAHEP (Commission on Accreditation of Allied Health Education Programs). Les deux prérequis les plus courants sont : compléter un programme accrédité de deux ans en sonographie médicale diagnostique, ou compléter un diplôme d'associé en programme de santé élargi, plus 12 mois d'expérience clinique à temps plein (minimum 1 680 heures). L'ARDMS propose également une voie pour les professionnels en reconversion depuis d'autres domaines de la santé alliée.


Le processus de certification

Pour obtenir la certification RDMS, il faut passer l'examen de physique — le SPI (Sonography Principles & Instrumentation) — et au moins un examen de spécialité parmi : abdomen (AB), sein (BR), échocardiographie foetale (FE), obstétrique et gynécologie (OB/GYN), ou sonographie pédiatrique (PS). Les deux examens doivent être réussis dans un délai de cinq ans. La maintenance de la certification exige des crédits de formation continue annuels.


Retours

L'ARDMS dispose de certifiants dans plus de 70 pays — sa croissance est essentiellement internationale. La certification est largement reconnue par les employeurs : on estime que plus de 90% des stagiaires non certifiés décident finalement d'obtenir la certification. La contrainte principale reste la disponibilité

limitée des sites de formation clinique aux États-Unis mêmes.


États-Unis — la certification RDMS délivrée par l'ARDMS, reconnue dans 70+ pays
États-Unis — la certification RDMS délivrée par l'ARDMS, reconnue dans 70+ pays

4. Australie et Nouvelle-Zélande : le Graduate Diploma ASAR

L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont développé un système robuste centré sur l'ASAR (Australian Sonographer Accreditation Registry).


La voie standard

Pour exercer en Australie ou en Nouvelle-Zélande, il faut compléter un programme accrédité incluant une formation clinique complète allant jusqu'à 2 200 heures, soit trois jours par semaine sur deux ans. La plupart des cursus sont de niveau postgradué et requièrent une qualification undergraduate préalable en sciences de la santé.

À titre d'exemple, le programme de la Queensland University of Technology (QUT) propose un Graduate Diploma in Medical Ultrasound sur deux ans à temps partiel, avec trois blocs intensifs d'une semaine sur le campus, combinés à une expérience clinique continue tout au long de chaque semestre. Monash University offre quant à elle un programme en ligne complet conçu pour les radiographes qualifiés et les

non-radiographes.


Accréditation et retours

Pour exercer sous Medicare et facturer ses actes, les sonographes doivent être accrédités annuellement auprès de l'ASAR. Le système australien est reconnu pour sa rigueur : les études montrent que les sonographes accrédités produisent des examens de haute qualité, avec un cadre de gouvernance solide

qui rassure à la fois les radiologues et les employeurs.


Australie / Nouvelle-Zélande — le Graduate Diploma avec 2 200 heures de clinique
Australie / Nouvelle-Zélande — le Graduate Diploma avec 2 200 heures de clinique

5. Canada : le diplôme accrédité et Sonographie au Canada

Le Canada dispose d'un système bien structuré, piloté au niveau national par l'organisme de certification Sonographie Canada (anciennement CSDMS — Canadian Society of Diagnostic Medical Sonographers), qui gère à la fois l'accréditation des programmes et les examens de certification.


La structure de la formation

La voie principale consiste en un diplôme de 2 ans (Diplôme ou Advanced Diploma en sonographie médicale diagnostique) dispensé dans des collèges accrédités par Accreditation Canada via son programme spécialisé Equal™. On trouve ces programmes dans l'ensemble du pays : SAIT (Alberta), Camosun College et BCIT (Colombie-Britannique), le Michener Institute à Toronto (Ontario), Mohawk College, Red Deer Polytechnic (Alberta), entre autres. Le programme type couvre la physique des ultrasons, l'instrumentation, l'anatomie transversale normale et pathologique, l'acquisition et l'analyse d'images (abdomen, obstétrique/gynécologie, structures superficielles, vaisseaux, musculo-squelettique), ainsi que les soins aux patients. Des stages cliniques progressifs sont intégrés tout au long du cursus, représentant en moyenne entre 900 et 1 100 heures de pratique clinique supervisée selon les établissements. Le Michener Institute (Toronto) propose également un programme postgradué s'adressant aux professionnels de santé déjà titulaires d'un diplôme, combinant composantes didactiques, simulations en laboratoire et placements cliniques en établissements canadiens.


La certification nationale

Pour obtenir la certification canadienne, les diplômés doivent réussir deux épreuves organisées par Sonographie Canada : le CCSA (Canadian Clinical Skills Assessment, évaluation des compétences cliniques) et l'examen écrit national. La réussite confère le titre de CRGS (Canadian Registered General Sonographer). Les diplômés canadiens sont également éligibles aux examens ARDMS américains, et certains programmes préparent explicitement les étudiants aux deux certifications. En Ontario, la sonographie est une profession réglementée sous l'égide du CMRITO (College of Medical Radiation and Imaging Technologists of Ontario), ce qui impose une inscription obligatoire pour exercer dans la province. Dans les autres provinces, la pratique est généralement régie par les exigences de Sonographie Canada, sans réglementation provinciale aussi stricte.


Retours d'expérience

Le modèle canadien présente plusieurs caractéristiques distinctives. Contrairement à l'Australie et au Royaume-Uni, la formation est en grande partie accessible en entrée directe depuis le secondaire — sans nécessiter un diplôme de santé préalable. Cela élargit le vivier de recrutement mais impose des programmes très complets incluant les bases biologiques et médicales que d'autres pays supposent acquises. Les programmes sont décrits comme fortement orientés vers la pratique, avec des équipements de simulation de pointe et des partenariats cliniques denses. Sonographie Canada rapporte une demande soutenue de sonographes dans l'ensemble du pays, notamment dans les zones rurales et éloignées.


Canada — Sonographie Canada et le CRGS
Canada — Sonographie Canada et le CRGS

5. Résumé des différentes formations



6. Ce que disent les résultats : convergence et enseignements internationaux


Sur la qualité diagnostique : les études comparant les acquisitions de sonographes non-médecins et de radiologues montrent des résultats remarquablement cohérents. Des travaux publiés dans "Radiography" montrent qu'en Norvège, les services d'échographie abdominale réalisés par des sonographes présentent une précision élevée. En France, le CHU de Rouen a documenté des taux de concordance de 97% pour les écho-dopplers veineux, artériels et thyroïdiens. Ces données convergent pour indiquer que des sonographes bien formés produisent des images de qualité équivalente sur les examens standardisés.

Sur la satisfaction professionnelle : une enquête paneuropéenne (n=561) montre que les TRMs se déclarent globalement satisfaits de leurs rôles d'échographiste. Les priorités exprimées incluent une législation formelle pour le rôle de sonographe, une meilleure rémunération et des opportunités de progression — des signaux qui indiquent que la profession demande davantage de reconnaissance institutionnelle, pas moins d'engagement.

Sur la résistance au changement : des barrières persistent sous forme de protectionnisme et de manque de respect initial de la part de certains radiologues. L'expérience internationale montre que ces résistances s'atténuent avec le temps et la démonstration de résultats, mais qu'elles nécessitent d'emblée un ancrage institutionnel solide : protocoles clairs, supervision formelle, audit continu.



7. Les formations étrangères sont-elles reconnues en Suisse ?


C'est une question très pratique pour les TRM qui travaillent déjà en Suisse avec un diplôme étranger, ou pour ceux qui envisageraient de se former à l'étranger.


Sur le diplôme de base TRM : la profession de technicien(ne) en radiologie médicale fait partie des professions réglementées en Suisse. Pour les professions réglementées, une reconnaissance (équivalence) est obligatoire pour l'exercice de la profession. La Croix-Rouge Suisse (CRS) est compétente en matière de reconnaissance des diplômes étrangers des TRM. Depuis le 1er juillet 2012, toute demande est soumise à un examen préalable obligatoire (PreCheck), gratuit, qui constitue la première étape avant la demande de reconnaissance formelle.


Sur les formations spécialisées en échographie : le cadre est beaucoup moins clair, car il n'existe pas de titre protégé de "TRM spécialisé en échographie" en Suisse. Voici la situation selon le type de formation :


  • DIU EA français : ce diplôme est adossé aux protocoles de coopération ARS, dispositif réglementaire spécifiquement français, sans équivalent direct en droit suisse. Sa valeur résiderait dans la démonstration de compétences auprès d'un employeur suisse, dans le cadre d'un protocole institutionnel distinct.

  • PgCert/PgDip britannique (CASE) : accrédité par le CASE et adossé aux registres NHS, ce diplôme n'a pas d'équivalence formelle en Suisse. Un TRM porteur de ce titre pourrait faire valoir ses compétences auprès d'une institution suisse, qui resterait libre d'en apprécier la valeur.

  • RDMS américain (ARDMS) : la certification RDMS est reconnue par de nombreux employeurs privés à travers le monde comme preuve de compétence, mais ne constitue pas une habilitation réglementaire en Suisse.

  • Graduate Diploma australien (ASAR) : similairement, ce diplôme ouvre la pratique sous accréditation ASAR en Australie et Nouvelle-Zélande, sans portée juridique directe en Suisse.



8. Et en Suisse ? De la faisabilité à la feuille de route


Fort de ces enseignements, voici comment une filière de formation pourrait être construite en Suisse, dans le respect du cadre légal existant et en s'inspirant des meilleures pratiques internationales :


Les institutions naturelles pour porter cette formation En Suisse, plusieurs acteurs seraient légitimes pour développer ce CAS (Certificate of Advanced Studies) :

  • Les Hautes Écoles de Santé (HESAV, HEdS-Genève, CBZ, BfG Basel-Stadt,  HFGZ) pour la dimension pédagogique universitaire

  • La SGR-SSR (Société Suisse de Radiologie) et la SGUM-SSUM pour la validation des contenus cliniques et l'accréditation

  • L'ASTRM (Association Suisse des Techniciens en Radiologie Médicale) pour la représentation professionnelle

  • Les hôpitaux universitaires (HUG, Inselspital, CHUV, USZ) comme sites de stage pilotes



Une approche progressive et sécurisée

L'expérience internationale plaide pour une montée en puissance par étapes. Les premiers modules pourraient cibler les examens les plus standardisables : les écho-dopplers veineux des membres inférieurs, les échographies thyroïdiennes et les examens rénaux. Ce n'est qu'après validation de ces modules de base que la formation s'étendrait aux examens abdomino-pelviens complets, puis aux sous-spécialités. Contrairement au modèle britannique où les sonographes jouissent d'une grande autonomie, le modèle suisse initial devrait s'inspirer du modèle français : le TRM réalise l'acquisition, le radiologue présent sur place valide et dicte. Cette configuration préserve pleinement la responsabilité médicale, sécurise le cadre légal et rassure l'ensemble des parties — y compris les assureurs et les sociétés médicales.


CONCLUSION


Le tour du monde des formations TRM en échographie révèle un constat univoque : là où des filières structurées ont été créées, les résultats sont au rendez-vous — en termes de qualité diagnostique, de réduction des délais d'attente et de valorisation professionnelle. Le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l'Australie et le Canada ont chacun à leur façon démontré que la formation est la clé de voûte d'un modèle crédible et sûr.


La Suisse, qui dispose d'un tissu institutionnel solide (HES, SGUM-SSUM, SGR-SSR, ASTRM) et d'un cadre légal favorable à la délégation encadrée, a toutes les cartes en main pour construire sa propre filière. L'enjeu n'est pas d'importer un modèle clé en main, mais d'en distiller le meilleur pour construire une formation helvétique : rigoureuse dans ses exigences, progressive dans sa mise en œuvre, ancrée dans la collaboration interprofessionnelle.


La pénurie de radiologues et la demande croissante d'échographies ne sont pas des problèmes que l'on peut simplement attendre de voir se résoudre. Former les TRM à l'acquisition échographique — progressivement, sérieusement, avec des protocoles clairs et une supervision médicale — c'est investir dans la radiologie de demain.


Références

 
 
 

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